Que dire de la violence à l'école? Dire qu'elle est liée à la démission des familles est un peu trop simple, car celles-ci se retrouvent impuissantes, et seules face à des situations auxquelles elles ne peuvent faire face. Notre société dans son ensemble n'est pas mieux lotie que les familles, et se montre souvent incapable de résoudre les problèmes qu'elle génère autrement que par l'ignorance ou la violence.(1) La violence à l'école répond à la violence dans la civilisation. Autrefois, la règle scolaire apparaissait comme une nécessité pour les parents, les professeurs, et sa stricte observance ne se discutait pas pour l'enfant. Hormis quelques chahuts et des manifestations d'ennui, les élèves jouaient le jeu. Aujourd'hui, on remarque que de plus en plus d'enfants dits « normaux » sortent du rang et mettent au défi l'institution à travers ses représentants tandis qu'ils vivent chez eux des relations parfois difficiles avec leur famille. Ces enfants qui ne jouent pas le jeu sont successivement étiquetés au hasard des malentendus, tout au long de leur scolarité, de leur enfance à l'âge adulte : enfants « hyperactifs », « dysphasiques », « autistes », « adonaissants », « gothiques-dépressifs », ... les appellatifs ne manquent pas pour chercher à mettre un signifiant sur une singularité et un comportement déviant, sur lequel l'école désespère de mettre un nom. (2) Cette violence à l'école semble résulter de la perversion du désir de connaître : une des manifestations principales du désir est la curiosité, curiosité dont le but est de connaître, et non pas de produire. Le système éducatif, dans son ensemble, substitue « apprendre» à « connaître » et détourne cette curiosité désirante pour la rendre productive. Ce faisant, il n'y a de nouveau plus de place pour le manque, il n'y a plus qu'un monde plein comme un œuf, un monde sans perspective, dont la violence constitue un possible échappatoire. (1) On pourrait dire, plus simplement, que les enfants ne se sentent plus appelés par l'école, pas simplement nommés, mais happés par un désir de savoir qui a pourtant longtemps été à l'origine de vocation, de plaisir à apprendre, d'envie de partager les règles du jeu. (2)
Sources : 1) Vergoz C.A. : « La violence des jeunes : Une approche psychanalytique »
2) Masschelier S. : « Ces enfants qui ne jouent pas le jeu à l'école »