La relation d'objet résulte d'une appréhension plus ou moins fantasmatique des objets et de types privilégiés de défense. Elle est également le résultat complexe et total d'une certaine organisation de la personnalité. A ce titre, elle caractérise un sujet donné, un type de psychopathologie, un type de fixation. Plusieurs types de fixation, dans le code des stades de développement libidinal, peuvent se conjoindre dans un même type de relation d'objet, et celui-ci peut se manifester de multiples façons dans les attitudes et les modes de fonctionnement psychique du sujet. Le terme même de relation d'objet (et non à l'objet) introduit l'interrelation, non seulement la façon dont le sujet constitue ses objets, mais aussi la manière dont ceux-ci modèlent son activité. (1)
Selon Freud, la tendance à s'identifier aux premiers objets et à se confondre avec eux constitue la forme la plus primitive de relation d'objet : être l'objet au lieu de l'avoir.(2) Il décrit dans l'organisation prégénitale la réciprocité de la position du sujet et de son partenaire, qui suppose l'identification du premier au deuxième dans une équivalence telle que la réversibilité soit incluse. Il en résulte que l'identification à l'objet est au fond de toute relation d'objet et que la réciprocité en miroir, la réversibilité typique de l'organisation prégénitale, est "la relation duelle" en tant qu'elle s'oppose à la relation triangulaire. Il a dégagé l'importance du rôle des relations d'objet précoces, indispensables pour que le nourrisson émerge de l'état de détresse et de dépendance biologique et psychologique dans lequel il se trouve au début de son existence. Les situations de satisfaction répétées permettent d'atteindre la réduction de la tension correspondant à l'expérience du plaisir (ce en quoi et par quoi la pulsion atteint son but) et créent cet objet, la mère le plus souvent, qui subit un investissement intense, nostalgique". (3)
Lorsque le nourrisson commence à percevoir la présence de sa mère, il ne peut encore distinguer l'absence temporaire de la perte durable. Dès l'instant où il la perd de vue, il se comporte comme s'il ne devait plus la revoir. C'est dans l'alternance de la présence et de l'absence de la mère que l'objet se constitue et que, dans le même mouvement, le sujet investit quelque chose de ce qui deviendra le Moi. La perte d'objet va constituer le fondement de l'apparition du désir et de la recherche ultérieure des objets, c'est en effet en l'absence de l'objet de satisfaction que l'image de l'objet satisfaisant va être réinvestie comme représentation symbolique (satisfaction hallucinatoire du désir). L'objet se constitue donc dans l'expérience du manque et, par la suite, lorsque l'individu se met à la recherche de nouveaux objets, il cherche non seulement à trouver un objet, mais à retrouver l'objet originel perdu, qui autrefois avait apporté une satisfaction réelle. Quête d'un objet perdu dans une répétition qui n'aboutit jamais à la satisfaction passée dont le modèle serait celle qui est antérieure au premier sevrage. L'objet trouvé n'est jamais qu'un objet retrouvé, marqué, à l'insu du sujet, des caractéristiques de l'objet premier. (4)
Sources :
1. Brusset B. : "Psychanalyse du lien. La relation d'objet".
2. Freud S. : "Psychologie des foules et analyse du Moi" in "Essais de psychanalyse"
3. Freud S. : "Trois essais sur la théorie de la sexualité"
4. Freud S. : "La négation" in "Névrose, psychose et perversion"