En savoir plus sur la position schizo-paranoïde (ou persécutive) et la position dépressive

Dès sa venue au monde, le bébé est en position schizo-paranoïde, et ceci durant les quatre ou six premiers mois. L'angoisse qui prédomine alors est une angoisse persécutive, paranoïde et de morcellement. A la naissance, les pulsions de vie et de mort existent et sont préalables à toute expérience vécue, elles organisent les premiers processus psychiques. Il y a un conflit interne immédiat à la vie, en naissant, le bébé entre dans le conflit. Il est capable de manipuler, dès le début, des rudiments d'images, des morceaux de fantasmes, il y a prédominance du mode de relation d'objets partiels. Le bébé a affaire à des morceaux d'objets (comme ses pensées, ses fantasmes). Il a de même un rudiment de Moi, des morceaux de Moi, complètement incohérents mais qui tendront vers l'intégration.

C'est ainsi que les mécanismes d'introjection et de projection constitueront les préformes de l'appareil psychique, des objets et du Moi :

- les bonnes expériences (satisfaction, gratification) sont liées à la pulsion de vie (pulsion libidinale). L'affect se trouve introjecté à l'intérieur du bébé et est lié à un fragment de bon objet, ce sera la base du premier Moi fragmenté, mais interne. Les bonnes expériences seront ainsi gardées et constitueront le Moi

- les mauvaises expériences (frustration, déplaisir ou douleur) sont liées à la pulsion de mort. Vécues comme étant dangereuses, elles seront projetées à l'extérieur. Ainsi se constituent un affect agressif et un fragment d'objet, rejetés à l'extérieur dans le non-Moi. C'est de cette manière que se formera un objet dangereux, persécuteur : le Surmoi archaïque Maternel

Tout fonctionne sur un mode dichotomique (Moi/non-Moi, Introjection/Projection, Bon/Mauvais). Il se forme de cette manière un bon objet gratifiant à l'intérieur du bébé et qu'il doit protéger : c'est le Moi. Pour le rendre inaccessible à la persécution, le bébé l'idéalisera. Il utilisera aussi le clivage, le déni, les mécanismes d'identification projective et introjective.

A partir du sixième mois s'amorce la position dépressive, et vers douze, dix-huit mois la position dépressive centrale. L'objet externe s'unifie et le bébé lui reconnaît une unicité grâce à l'expérience répétée du maternage. Comme il éprouve à la fois haine et amour vis-à-vis du même objet, il en ressent une angoisse dépressive. Il existe dans cette position une relation ambivalente avec des objets totaux, un plus grand sens de la réalité et des angoisses en rapport avec la perte d'objet et la culpabilité. L'angoisse concernant la perte de l'objet est vécue soit sur un mode paranoïaque, dans la mesure où l'objet devient méchant et attaque, soit sur un mode dépressif où l'objet reste bon et il y a angoisse de perdre le bon objet plutôt qu'angoisse d'être attaqué par le mauvais objet, soit selon une quelconque combinaison des deux. (1)

Pour Klein, les répercussions de l'expérience réelle sur le psychisme ne sont jamais directes. Le comportement de la mère va être interprété en fonction des fantasmes et va avoir des conséquences seulement dans la mesure où il influence les relations fantasmatiques avec les objets internes. (2)

Plus tard, Klein décrira l'envie primitive qui s'attaque à la pulsion de vie et qu'on peut donc considérer comme la plus ancienne extériorisation directe de la pulsion de mort. (3)

 

Sources :

1) Segal H. : "Mélanie Klein : développement d'une pensée".

2) Manzano J. : "La séparation et la perte d'objet chez l'enfant. Un point de vue analytique"

3) Klein M. : « Envie et gratitude et autres essais. »