L'adolescent fantasme le suicide, il éprouve une espèce de plaisir de puissance sur lui-même. Il va jouer avec sa vie, il se gargarise de l'idée de la mort et de l'émotion des autres à qui il manquerait. C'est vécu comme un deuil de son enfance, de sa manière d'être. C'est en même temps une nostalgie de ce qu'il va quitter. Cela reste généralement dans le domaine de l'imaginaire, mais s'il en vient à croire que personne ne serait affecté par sa disparition et si, dans sa petite enfance, il n'y a vraiment pas eu une personne qui a marqué le sens de sa vie par l'amour qu'elle a eu de lui, alors il peut passer à l'acte au bout d'un certain temps de fantasme de suicide qui ne lui rapporte même pas le plaisir de la nostalgie de l'être qui le regretterait.
Actuellement, le phénomène du suicide des jeunes a pris les proportions d'une véritable épidémie qui atteint toutes les couches de la société. L'adolescent urbain n'a ni l'impression d'être nécessaire à la société, ni celle d'être vraiment désiré. Les parents n'ont plus le temps d'exercer leur métier de parents. Sur ces adolescents fragiles s'exerce par ailleurs une pression sociale considérable : il s'agit d'entrer dans la bonne école, de faire le bon choix de carrière, d'avoir de meilleurs résultats que les autres. Il s'agit aussi, pour prouver sa « valeur » aux copains, de s'initier très tôt au sexe et à la drogue, ce qui crée un autre type de stress. La vie devient trop complexe, voire intolérable, la peur pèse sur la joie de vivre. L'image de la mort est floue chez beaucoup de jeunes du fait que la mort est soit passée sous silence, soit caricaturée (à la télévision, dans les jeux vidéo). D'où une représentation parfois magique de la mort, conçue comme non irrémédiable.
Source : Dolto F. : « La cause des adolescents »