En savoir plus sur le monde virtuel à l'adolescence

 

Contrairement à l'enfant, pour qui le virtuel n'est qu'une variante de tout espace ludique, voire de tout support projectif pouvant aider à métaboliser l'agressivité oedipienne, dans les jeux de combats notamment, le virtuel prend une autre tournure pour l'adolescent : son investissement du virtuel s'inscrit dans une quête de sens pour une corporéité nouvelle. Le contraste est saisissant entre la maladresse avec laquelle il habite un corps devenu trop grand et son extrême habileté à jouer avec le virtuel ; il maîtrise les images virtuelles à défaut de pouvoir le faire avec l'image de son corps. Ce champ d'exploration virtuelle de situations physiques, comportementales constitue autant d'anticipations de situations où sont mises en jeu la destructivité, la rivalité, la violence des passions, la compétition, le goût de la mort, celui de la toute-puissance, ... Ces conduites exploratoires permettent habituellement à l'adolescent d'accompagner psychiquement (et de façon ludique) les transformations pubertaires. Il peut aussi projeter le monde de ses émotions dans celui du jeu virtuel, qui devient ainsi espace de médiation entre corps et psyché, entre ressenti et émotion élaborée. Dans cette perspective, l'actuel et le virtuel sont liés l'un à l'autre comme les deux faces d'une même réalité sensible, celle de la réalité psychique. Le virtuel apparaît alors comme une voie de passage.

Le risque majeur réside dans la possible dépendance au monde virtuel. Dans ce cas, l'adolescent semble ne plus pouvoir se séparer de cet univers parallèle, de ce monde clos, à soi, qui rappelle le monde du jeu de la petite enfance, où l'enfant avait l'illusion de trouver-créer les objets. Cette dépendance révèle alors la difficulté que rencontrent certains jeunes qui ne parviennent pas à se séparer du monde de l'enfance, où la réalité est tenue à l'écart au profit du principe de plaisir, pour accéder à un autre monde, celui des adultes, où il faut négocier avec les contraintes de la réalité et ses principes. Dans ces cas de dépendance à l'objet virtuel, il y a lutte contre l'ennui, une fuite dans la compulsion, dans un imaginaire coupé de la réalité présente. Le virtuel devient alors une voie en impasse. Il vient suturer l'angoisse du manque en offrant la facilité d'un objet que l'on peut produire à volonté, toujours présent, envahissant le champ de la conscience jusqu'à l'oubli de soi, de la temporalité, de la contrainte de la réalité, celle-ci étant momentanément confondue avec l'imaginaire. Cela permet l'évitement de la douleur de penser et détourne la libido de son but. Ces adolescents ont un grand besoin d'images, de sources externes d'excitation, comme s'ils ne parvenaient pas eux-mêmes à produire ces images, supports de leur monde interne, comme si leur activité fantasmatique dépendait de cette source externe. Cette nécessité d'avoir recours à l'image, créant une véritable dépendance, pose la question du statut de l'objet et de sa difficile intériorisation. Ce n'est pas le virtuel qui est en cause, il s'agit plutôt de la dépendance de certains adolescents en quête de sens dans un univers psychique où les repères de l'enfance sont perdus, où les failles narcissiques font apparaître la nécessité de maintenir un appui sur ces images du monde externe pour continuer à éprouver une excitation suffisamment intense pour ne pas disparaître psychiquement.

 

Source : Marty F. : « Addiction adolescente au virtuel »