En savoir plus sur l'angoisse d'abandon

1. Développement de cette notion

2. Etiologie

3. Le complexe de la mère morte selon A. Green

 

1. Développement de cette notion.

 

Il arrive que cette angoisse, source première de douleur psychique et d'affect de deuil (1), reste présente chez l'enfant qui n'arrive pas à la dominer. Pour Freud S. (2), il ne s'agit pas d'une problématique dépressive tournant autour d'un deuil impossible, il le conceptualise de cette manière :

"Il n'y a pas deuil impossible d'un objet dont on investit l'ombre mais deuil impossible d'un objet jamais entièrement intériorisé et dont, par conséquent, on investit le "trou".

Cette angoisse est liée à une faille narcissique précoce minant toute rencontre à venir, qui est toujours, potentiellement, une séparation. C'est-à-dire séparation d'avec l'autre mais aussi d'avec soi. Se séparer, c'est perdre l'illusion d'une totalité qu'on pensait être ou faire avec un objet et appréhender alors la réalité et soi-même sous un autre jour. Ainsi se structure le psychisme humain.

"L'identité de l'homme implique séparation et perte. Il est clair, alors, que naître, c'est mourir à ce qui nous conçoit - ce qui implique que ce qui nous conçoit nous donne à nous-même."(3)

Mais si l'angoisse d'abandon prend le dessus, tout sera mis en oeuvre pour ne pas vivre justement ce qui, au lieu d'être structurant, devient intolérable, la toute-puissance du sujet étant ébranlée. Ces narcissismes "troués" sont en effet tout-puissants ou ne sont pas. Dans ce cas, surgissent des états dépressifs importants dominés par un sentiment de vide et d'impuissance. De multiples moyens sont déployés pour éviter cette menace y compris celui de se précipiter à faire des enfants à qui, à leur tour, on refusera la vie. Ainsi une maman prise par les affres de l'abandon réel dont petite fille elle aura été "l'objet", soumise à la crainte de reproduire le malheur, et qui choisit de ne jamais se séparer de son enfant, risque fort d'être là sans l'être. Dans les bras d'une mère, physiquement présente, toute à lui mais absorbée par son ancien malheur, l'enfant perçoit qu'en dépit des apparences sa mère n'est pas disponible, en tant que mère, pour le soutenir. Ni pour lui, ni avec lui. Comme si elle redevenait l'enfant qu'il ne peut alors être, il se sent abandonné en tant que tel. Il peut traduire son manque en tentant d'attirer l'attention maternelle par des moyens plus ou moins heureux, des pleurs au mutisme, du pipi au lit aux câlins incessants, du sourire à la chute, qu'elle soit physique ou scolaire. Elle ne saura ni ne pourra lui répondre. En effet, paradoxalement, tout en étant incapable de se séparer de lui, elle ne sera plus avec lui. Et au pire, se ressentira alors elle-même abandonnée par son enfant qui cesse d'être l'enfant idéal. Le lien se renforce sous le sceau du sentiment indicible d'abandon partagé et nuit à la séparation. (4)

 

 

Sources :

1. Freud S. : « Inhibition, symptôme et angoisse »

2. Freud S. : « Deuil et mélancolie »

3. Vasse D. : « Le sujet naissant »

4. Morizot-Martinet S. et all. : « Angoisse d'abandon ou vie sans miroir »

 

2. Etiologie.

     

Une manière d'éclairer cette angoisse et ces narcissismes "troués" est de se tourner vers le miroir et l'imaginaire : l'angoisse d'abandon renvoie à une défaillance notoire du premier miroir que constitue le regard maternel. Ce ne fut pas un regard où l'enfant s'est senti exister en tant que lui-même ("lui-même" aurait pu prendre alors sens) mais d'un regard absent. Winnicott D.W. (1) souligne combien, à ce moment-là, le bébé va s'évertuer à ce que l'environnement lui réfléchisse quelque chose de lui. "Exister" a ainsi très tôt été synonyme de l'entretien actif par l'enfant d'une relation à l'autre au sein de laquelle il était "comme" sa mère le "voulait", où ce qu'il y avait de central en lui risquait d'être atteint. Relation dangereuse mais dont on ne peut se passer, telle est cette première relation d'amour qui ressemble étrangement à toute relation dite de "dépendance". Ces enfants n'ont pas eu la chance de s'aliéner dans le miroir : pas d'image où se capter ni de fascination.

"Si le visage de la mère ne répond pas, le miroir devient alors une chose qu'on peut regarder, mais dans laquelle on n'a pas à se regarder." (1)

La perception devient une défense (et non un échange avec le monde) et les miroirs offerts par la vie un sujet de doutes et de questions. Jeammet P. (2) souligne que la dépendance signe un échec relatif des intériorisations précoces, elle serait une manière de gérer l'angoisse d'abandon. Longtemps, le sujet peut ne pas souffrir de sa dépendance pourvu que l'approvisionnement narcissique soit satisfaisant et sécurisant. Mais, lorsque l'intégrité narcissique est menacée (comme par exemple à l'adolescence par l'éveil des besoins objectaux), la dépendance devient cliniquement parlante avec adoption de comportements ou de conduites symptomatiques pour lesquels le sujet développera justement l'attitude de dépendance qu'il refuse aux objets. Des mécanismes d'idéalisation, de clivage, de déni, ... permettront dans certains cas de limiter cette dépendance à une fonction physiologique, une partie du corps, une drogue, ...

"Il y a substitution du contre-investissement du corps, de la nourriture ou de la drogue à celui d'une ou de plusieurs personnes de la réalité extérieure."(2)

Le but est de protéger son narcissisme et de maîtriser l'objet du désir. La menace narcissique peut aussi s'étendre très loin, jusqu'au désir et aux pulsions qui se trouvent alors clivés, "objectisés", et traités comme tels. Ceci rend compte des grandes difficultés rencontrées chez ces personnes à se laisser aller au désir.

L'observation de ce qui se passe entre parents et enfants montre que l'angoisse d'abandon n'est pas uniquement le fruit du désinvestissement parental inélaborable par l'enfant. Ce même enfant subit non seulement le deuil de ses parents mais a aussi pour fonction d'éviter à ces derniers d'en supporter le poids. Il y a transfert, expulsion de deuils non élaborés, dénaturés et méconnaissables sur l'enfant. (3) Cela se traduit cliniquement par l'investissement très narcissique dont l'enfant est l'objet avec des relations parents-enfant très perturbées : confusion de générations, familles à secrets, ... On se sépare toujours au moins à deux, chacun garantissant à l'autre de demeurer vivant après la séparation. C'est justement cela que des parents incapables de faire un travail de deuil ne peuvent offrir à l'enfant. Chacun devient alors le support de l'intégrité voire de l'existence de l'autre. Dans ces relations basées sur des repères purement imaginaires, l'enfant se sent toujours plus ou moins responsable du "regard mort" de ses parents et alimente, à sa manière et souvent au détriment de son développement, le lien fragile et totalitaire qui l'unit à eux. Il est l'objet fétiche sur lequel s'exerce la toute-puissance parentale qui n'est autre que le cache-misère d'un manque fondamental de confiance en eux. (4)

ll peut y avoir ouverture à la culture, à la créativité et au monde en général mais sans que cela ne passe par l'aménagement d'une séparation parents-enfants. Cela demeure purement défensif d'où l'aspect souvent "boulimique" de ces intérêts et aussi, pourquoi pas, de belles réussites! Mais si réussites il y a, elles sont toujours en complète dysharmonie avec l'être humain qui se cache derrière : une pensée géniale, des prouesses sportives considérables, des créations artistiques reconnues mais parallèlement, une personne au bord du gouffre ... le propre de ces réussites sociales ou autres, est qu'elles sont toujours douloureuses. Du reste, on y retrouve souvent une plus ou moins grande dimension masochique.

Exemple : Alix, jeune préadolescente qui excelle en gymnastique et qui s'entraîne à toute heure du jour ou de la nuit jusqu'à se rompre les ligaments du genou et des chevilles ... Ce qui ne l'empêchera pas de continuer, malgré les douleurs et les risques articulatoires, dans la même frénésie. (4)

Ces surinvestissements jouent le rôle de sein de substitution. Le sujet se les crée mais ils ne tiennent pas la route car il s'épuise à les nourrir et non l'inverse. Des réussites douloureuses qui laissent l'individu dans un fragile équilibre. Si l'angoisse d'abandon pousse "à faire", à se construire un sein de substitution, quels qu'en soient la forme et le prix, la confiance en un environnement fiable permet au contraire de se laisser aller à un "état non intégré", un état de repos, de détente, au cours duquel naît la vraie créativité puisque le sujet est lui-même. (4)

Parfois, c'est l'individu lui-même qui devient son propre sein. (5) Il se replie sur lui dans une solitude qui, paradoxalement, est activement recherchée. Cela est le cas de certains adolescents qui renoncent à s'éprendre par peur de ne pouvoir se déprendre de leurs premiers objets d'amour. Il s'agit alors d'une solitude refuge mais aussi d'une solitude piège, désespérante et désespérée, où le meurtre fantasmatique des parents que tout adolescent a à accomplir est rendu impossible par la fragilité narcissique de ces derniers. S'ouvrir au monde, à l'autre, constitue une trop grande menace et un véritable matricide. (6) Cette solitude protège des déceptions (dramatiques) mais s'accompagne chez l'adolescent d'un sentiment de honte et d'impuissance.

Dans d'autres cas, le choix d'une vie en couvent ou consacrée à une cause est peut-être sous-entendu par cette recherche de solitude protectrice. Ici, elle aurait alors l'avantage d'être socialement valorisée. De toute façon, il s'agit toujours d'une solitude sans présence supposée : il n'y a plus rien, ni personne à perdre ou plutôt à attendre. Suprême moyen de dénier l'appel infini d'une mère disponible chez ces sujets qui n'ont eu que "la mort faite mère" en guise de miroir. (7)

Cette première rencontre avec elles-mêmes (dans la mort du regard de l'autre) oriente irrémédiablement la manière d'être de ces personnes : une absence fondamentale de confiance en elles et en leur environnement dont, qu'elle que soit la manière de s'en défendre, elles dépendent narcissiquement. (5)

Si l'enfant entre en cure, il est important d'offrir aux parents un cadre, un lieu où ils se sentent suffisamment en sécurité narcissiquement afin qu'ils puissent y évacuer leurs fantômes tout en en libérant progressivement l'enfant. Dans les cas favorables, ils entameront un travail psychothérapique, sinon le thérapeute aura la tâche difficile de permettre à l'enfant de se libérer des deuils parentaux tout en assurant aux parents des garanties narcissiques. Si ce travail n'est pas assuré, la prise en charge de l'enfant ou même de l'adolescent sera interrompue pour x raisons ou perpétuellement mise en doute par la famille. Telle cette mère qui chronométrait la durée de la consultation de sa fille considérant qu'à moins d'une heure on ne s'en occupait pas ou ce père qui pendant plus d'un an s'est évertué à "détruire" systématiquement les effets thérapeutiques des entretiens de son enfant en le bombardant de représailles après chacun d'eux. (4)

 

Sources :

1. Winnicott D.W. : « Le rôle du miroir de la mère et de la famille dans le développement de l'enfant »

2. Jeammet P. : « Psychopathologie des troubles des conduites alimentaires à l'adolescence. Valeur heuristique du concept de dépendance. »

3. Racamier P.C. : « Le génie des origines. Psychanalyse et psychoses »

4. Morizot-Martinet S. et all. : « Angoisse d'abandon ou vie sans miroir »

5. Green A. : « La mère morte »

6. Braconnier A. : « La dépression à l'adolescence : un avatar de la transformation de l'objet d'amour »

7. Anzieu D. : « Antinomies de la solitude »

 

3. Le complexe de la mère morte selon A. Green (« La mère morte »)

 

a) description

Green montre comment l'angoisse d'abandon gouverne la vie de certains de ses patients qui viennent en analyse du fait d'un douloureux et chronique sentiment d'échouer, d'être incapables, sans qu'il existe d'état dépressif clair. Lorsque le sujet se présente pour la première fois devant l'analyste, les symptômes dont il se plaint reflètent l'échec d'une vie affective amoureuse ou professionnelle sous-tendant des conflits plus ou moins aigus avec les objets proches. La problématique narcissique est au premier plan où les exigences de l'Idéal du Moi sont considérables, en synergie ou en opposition avec le Surmoi. Le sentiment d'impuissance est clair, impuissance à sortir d'une situation conflictuelle, impuissance à aimer, à tirer parti de ses dons, à accroître ses acquis, ou quand cela a eu lieu, insatisfaction profonde devant le résultat.

Lorsque s'engage l'analyse, le transfert va révéler, parfois assez rapidement mais le plus souvent après de longues années, une dépression singulière. L'analyste a le sentiment d'une discordance entre la "dépression de transfert" et un comportement à l'extérieur où la dépression ne s'épanouit pas, car rien ne vient indiquer que l'entourage la perçoive clairement. Ce qu'indique cette dépression de transfert est la répétition d'une dépression infantile, il ne s'agit pas d'une dépression par perte réelle d'un objet, elle a lieu en présence de l'objet, lui-même absorbé par un deuil, la mère jusque-là bonne et présente disparaît brutalement, meurt "psychiquement". Elle s'est, pour une raison ou pour une autre, déprimée. La variété des facteurs déclenchants est grande : perte d'un être cher, déception qui inflige une blessure narcissique : revers de fortune dans la famille nucléaire ou la famille d'origine, liaison amoureuse du père qui délaisse la mère, humiliation, ... Dans tous les cas, la tristesse de la mère et la diminution de l'intérêt pour l'enfant sont au premier plan.

Ce qui se produit alors est un changement brutal, véritablement mutatif de l'imago maternelle. Jusque-là, une relation riche et heureuse s'était nouée avec la mère. La transformation dans la vie psychique, au moment du deuil soudain de la mère qui désinvestit brutalement son enfant, est vécue par lui comme une catastrophe, il y a traumatisme narcissique. Après que l'enfant ait tenté une vaine réparation de la mère absorbée par son deuil, ce qui lui a fait sentir son impuissance, après quil ait vécu et la perte de l'amour de la mère et la menace de la perte de la mère elle-même et qu'il ait lutté contre l'angoisse par divers moyens actifs (agitation, insomnie ou terreurs nocturnes), le Moi va mettre en oeuvre une série de défenses d'une autre nature.

b) les défenses mises en place par le Moi

La première et la plus importante sera un mouvement unique à deux versants : le désinvestissement de l'objet maternel et l'identification inconsciente à la mère morte. Le désinvestissement, surtout affectif, mais aussi représentatif, constitue un meurtre psychique de l'objet, accompli sans haine. On comprend que l'affliction maternelle interdise toute émergence de haine susceptible d'endommager encore plus son image. Aucune destructivité pulsionnelle dans cette opération de désinvestissement de l'image maternelle, son résultat est la constitution d'un trou dans la trame des relations d'objet avec la mère, ce qui n'empêche pas que les investissements périphériques seront maintenus. Le deuil de la mère modifie son attitude fondamentale à l'égard de l'enfant, elle se sent impuissante à l'aimer mais elle continue néanmoins à l'aimer et à s'en occuper. Toutefois, le coeur n'y est pas.

L'identification sur un mode primaire à l'objet est une identification en miroir, elle est quasi obligatoire après l'échec des réactions de complémentarité (gaieté artificielle, agitation, ...). Cette symétrie réactionnelle est le seul moyen de rétablir une réunion avec la mère, peut-être sur le mode de la sympathie. En fait, il n'y a pas de réparation véritable, mais mimétisme. Le but est, ne pouvant plus avoir l'objet, de continuer à le posséder en devenant non pas comme lui, mais lui-même. Cette identification, condition du renoncement à l'objet et en même temps de sa conservation, est inconsciente d'emblée. Il y a là une différence avec le désinvestissement supposé se débarrasser de l'objet qui deviendra inconscient ultérieurement, ici l'identification se produit à l'insu du Moi du sujet et contre son vouloir. Dans les relations d'objet ultérieures, le sujet, en proie à la compulsion de répétition, mettra activement en oeuvre le désinvestissement d'un objet en passe de décevoir, répétant la défense ancienne, mais, ce dont il sera totalement inconscient, c'est de l'identification à la mère morte, qu'il rejoint désormais dans le réinvestissement des traces du trauma.

Il y a également perte du sens car le bébé ne dispose d'aucune explication pour rendre compte de ce qui s'est produit. La "construction" du sein dont le plaisir est la cause, le but et le garant, s'est effondrée d'un coup, sans raison. Se vivant comme le centre de l'univers maternel, il interprète cette déception comme la conséquence de ses pulsions envers l'objet, mais il y a écart incomblable entre le fait que le sujet se reprocherait avoir commis et l'intensité de la réaction maternelle. Tout au plus pourrait-il penser que cette faute est liée à sa manière d'être plutôt qu'à quelque désir interdit, en fait, il lui devient interdit d'être. Cette position qui pousserait l'enfant à se laisser mourir, par impossibilité de dériver l'agressivité destructrice au dehors du fait de la vulnérabilité de l'image maternelle, l'oblige à trouver un responsable à l'humeur noire de la mère, fut-il bouc émissaire. C'est le père qui est désigné à cet effet. Il y a triangulation précoce, puisque se trouvent en présence l'enfant, la mère et l'objet inconnu du deuil de la mère. Ce dernier et le père se condensent alors pour l'enfant, créant un Oedipe précoce. Soit ce sera à l'investissement du père par la mère qu'est attribué le retrait de l'amour maternel, soit ce retrait va provoquer un investissement particulièrement intense et prématuré du père comme sauveur du conflit qui se joue entre l'enfant et la mère. Or, dans la réalité, le plus souvent le père ne répond pas à la détresse de l'enfant. Voilà le sujet pris entre une mère morte et un père inaccessible, soit que celui-ci soit surtout préoccupé par l'état de la mère sans porter secours à l'enfant, soit qu'il laisse le couple mère-enfant s'en sortir seul.

Toute cette situation créée par la perte du sens entraîne un deuxième front de défense :

- le déclenchement d'une haine secondaire, qui n'est ni première ni fondamentale, où il s'agit de dominer l'objet, de le souiller, de tirer vengeance de lui, ...

- l'excitation auto-érotique s'installe par la recherche d'un plaisir sensuel pur, plaisir d'organe à la limite, sans tendresse, sans pitié, qui demeure marqué d'une réticence à aimer l'objet. Ceci est le fondement des identifications hystériques à venir. Il y a dissociation précoce entre le corps et la psyché comme entre sensualité et tendresse, et blocage de l'amour. L'objet est recherché pour sa capacité à déclencher la jouissance isolée d'une zone érogène ou de plusieurs, sans confluence dans une jouissance partagée par deux objets, plus ou moins totalisé

- enfin et surtout, la quête d'un sens perdu structure le développement précoce des capacités fantasmatiques et intellectuelles du Moi. Le développement d'une activité de jeu frénétique ne se fait pas dans la liberté de jouer, mais dans la contrainte d'imaginer, comme le développement intellectuel s'inscrit dans la contrainte de penser. Performance et auto-réparation se donnent la main pour aboutir au même but : la préservation d'une capacité à surmonter le désarroi de la perte du sein par la création d'un sein rapporté, morceau d'étoffe cognitive destiné à masquer le trou du désinvestissement, tandis que la haine secondaire et l'excitation érotique fourmillent au bord du gouffre vide. Cette activité intellectuelle surinvestie comporte une part considérable de projection. L'enfant a fait la cruelle expérience de sa dépendance aux variations d'humeur de la mère, il consacre désormais ses efforts à deviner ou à anticiper

L'unité compromise du Moi désormais troué se réalise soit sur la plan du fantasme donnant ouvertement lieu à la création artistique, soit sur le plan de la connaissance à l'origine d'une intellectualisation fort riche. Il est clair que l'on assiste à une tentative de maîtrise de la situation traumatique. Les sublimations révèleront leur incapacité à jouer un rôle équilibrant dans l'économie psychique, car le sujet restera vulnérable sur un point particulier, celui de sa vie amoureuse. Tantôt c'est l'amour qui relance le développement des acquisitions sublimées, tantôt ce sont ces dernières qui tentent de débloquer l'amour. Les deux peuvent un temps conjuguer leurs efforts, mais bientôt la destruction dépasse les possibilités du sujet, qui ne dispose pas des investissements nécessaires à l'établissement d'une relation objectale durable et à l'engagement progressif dans une implication personnelle profonde qui exige le souci de l'autre. C'est donc nécessairement soit la déception de l'objet, soit celle du Moi qui met fin à l'expérience, avec résurgence du sentiment d'échec, d'incapacité.

Le patient a le sentiment qu'un malédiction pèse sur lui, celle de la mère morte qui n'en finit pas de mourir et qui le retient prisonnier. La douleur, sentiment narcissique, refait surface. Elle est souffrance installée au bord de la blessure, colorant tous les investissements, colmatant les effets de la haine, de l'excitation érotique, de la perte du sein. Dans la douleur psychique, il est impossible de haïr comme d'aimer, impossible de jouir même masochiquement, impossible de penser. Seul existe le sentiment d'une captivité qui dépossède le Moi de lui-même et l'aliène à une figure irreprésentable. Le parcours du sujet évoque la chasse en quête d'un objet inintrojectable, sans possibilité d'y renoncer ou de le perdre et sans guère plus de possibilité d'accepter son introjection dans le Moi investi par la mère morte. En somme, les objets du sujet restent toujours à la limite du Moi, ni complètement dedans, ni tout à fait dehors.

La mère morte a emporté, dans le désinvestissement dont elle a été l'objet, l'essentiel de l'amour dont elle avait été investie : son regard, le ton de sa voix, son odeur, le souvenir de sa caresse. La perte du contact psychique a entraîné le refoulement de la trace mnésique de son toucher. Elle a été enterrée vive, mais son tombeau lui-même a disparu. Le trou qui git à sa place fait redouter la solitude comme si le sujet risquait d'y sombrer corps et biens. Il y a eu enkystement de l'objet et effacement de sa trace par désinvestissement, il y a eu identification primaire à la mère morte et transformation de l'identification positive en identification négative, c'est-à-dire identification au trou laissé par le désinvestissement et non à l'objet. Et, c'est ce vide qui, périodiquement, dès qu'un nouvel objet est élu pour l'occuper, se remplit et qui se manifeste soudain par l'hallucination affective de la mère morte. Tout ce qui s'observe autour de ce noyau s'organise dans un triple but :

- maintenir le Moi en vie : par la haine de l'objet, par la recherche d'un plaisir excitant, par la quête du sens

- ranimer la mère morte, l'intéresser, la distraire, lui rendre goût à la vie, la faire rire et sourire

- rivaliser avec l'objet du deuil dans la triangulation précoce

 

Je reconnais tout moi

Je reconnais tout moi aussi.

Oui je reconnais bien là mon histoire, seulement, alors qu'autrefois j'étais l'enfant abandonnée, aujourd'hui je suis la mère présente mais absente à la fois. J'ai renoncé à un travail qui me faisais partir car j'ai du mal à être loin de mon bébé, mais quand je lis tout ça, j'ai l'impression que rien de ce que je fais n'est sincère. L'une de mes plus grandes angoisses aujourd'hui est de perdre ce bébé; que ce soit par accident, par crash(je suis hotesse de l'air), par catastrophe naturelle ou tout simplement, par reproduction de ma situation. Seulement je me rends compte que je ne suis pas si présente que ça pour mon enfant, j'ai tant de choses à faire à la maison que je ne lui accorde pas beaucoup de temps et j'ai parfois ce sentiment que jene fais pas les choses bien, je ne suis pas sincère.

Cette article renforce mes angoisses et j'espère y trouver une solution. 

Je reconnais tout d'un coup

Je reconnais tout d'un coup des morceaux de mon histoire.
J'avais longtemps focaliser sur l'absence relative de mon pere, sans me rendre compte a quel point il etait annule par ma mere. Ceci fait, je n'avancais plus tant que cela...mais cette lecture me rappelle des faits: ma maman etait en depression pendant sa grossesse de moi, depression d'etre partit a l'etranger un an, d'avoir quittee sa famille et sa soeur jumelle, depression d'etre avec un homme surement infantile et desinvestit a l'epoque. Bref...j'ai travaille et j'ai encore du travail pour vivre mieux avec tout cela. Cela fait toujours autant de bien de voir qu'il y a un genre de mecanisme, qui laisse esperer une possible evolution.

je suis vraiment d'accord :

je suis vraiment d'accord : savoir et comprendre "qu'il y a un genre de mécanisme " peut, en plus de nous" laisser espérer une possible évolution" nous donner un pouvoir pour passer à l'action de correction ou de réparation, et l'idée de chercher les moyens de se remettre à vivre bien... avec du travail, du courage et de la patience ...

En réaction à ce descriptif,

En réaction à ce descriptif, je me reconnais mais il laisse en moi un profond désarroi. C'est comme apprendre qu'on est atteint d'une maladie incurable, que notre vie est définitivement marquée par le sceau de l'échec et de la solitude. Heureusement, je viens de lire Guérir de son enfance de Jacques Lecomte au sujet de la résilience.

j ai fait des années de

j ai fait des années de thérapie, j ai creusé, tout dit de moi, mais j étais dans le déni total.j ai pendant des heures et des heures décrit le regard absent de ma mere, j ai appellé ca le regard qui s en va, je suis boulimique et j ai toujours eu des désordres alimentaires.Mais jamais au grand jamais je n ai accepté ou reconnue le fait que j avais été doublement abandonnée.d abord pschychiquement et ensuite plusieurs fois physiquement. Cest comme si ce mot était un gros mot...

mais ou j angoisse alors que je devrai etre soulagée, c est que malgré cette réalisation, malgré le fait que ça décrit parfaitement mon vécu, je n arrete pas de me dire JE NE RESSENS RIEN?????

ps je n arrive pas à me voir entierement dans un miroir.

re ps j espere que tout va sortir

en vous lisant Ca me parle

en vous lisant Ca me parle .... je suis depuis longtemps en psychanalyse après 6 années de thérapie. il n'y a que la parole en analyse face à soi qui allège ou fait choir des symptomes ... c fort et vivant